Non.

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Dans la vie, c’est facile d’avoir des convictions. C’est facile de se convaincre de la réaction qui sera la notre devant telle ou telle situation. Et puis, il y a la réalité. Cette grande gifle que tu te prends dans la gueule. Celle qui balaie tes foutues convictions en quelques secondes…

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Je suis plutôt du genre a avoir du caractère comme nana. Quand tu as vécu pas mal d’épreuves dans la vie, t’as tendance à te blinder. Du coup, t’en viens naturellement à te dire que ce sera valable pour tout. Lors d’une discussion avec des amis il y a quelques mois, je me rappelle avoir dit que je n’imaginais pas un jour avoir à faire à un mec qui me force à faire quoi que ce soit. Dans le sens où j’estimais être capable de me défendre – pas dans le sens où « un truc pareil ne pourrait pas m’arriver A MOI », parce qu’il ne faut pas rêver non plus…

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Et puis en fait…

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Cette nuit, j’ai ressassé quelques évènements récents, et puis d’un coup, ça m’a marqué. Je me suis souvenue. Je me suis souvenue que finalement, je m’étais retrouvée 3 fois dans une situation que j’appellerais « dangeureuse ». La première fois, j’avais 18 ans. J’avais (beaucoup) bu, allègrement flirté avec un des mecs de la soirée et fini par le suivre quand il m’a embarqué hors de la fête. On a passé une trentaine de minutes juste tous les deux, à se bécoter et se câliner un peu. Rien de bien méchant. Revenus à la soirée, on est partis chacun de notre côté. Jusqu’à ce que plus tard on tombe l’un sur l’autre dans les toilettes. Et que le mec se dise que finalement, il n’en avait pas eu assez. Une grosse gifle plus tard, je quittais les dits toilettes en trombe à la recherche de la seule personne probablement encore sobre de la soirée : ma meilleure amie. Je n’ai jamais revu le mec et le cumul « traumatisme » x alcool fait que j’ai complètement oublié son visage (alors que plus physionomiste que moi…). Et c’est très bien comme ça.

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Cette histoire, à l’époque, elle m’a vaccinée de beaucoup de choses. Mais principalement des soirées et de l’alcool. Aînée de mon groupe d’amis, je suis devenue Sam. Celle qui ne boit pas et ramène tout le monde en un morceau à la maison. Et puis j’ai découvert dernièrement que boire ou non, ça ne changeait rien. Non, ça ne changeait rien à ma capacité à me défendre, ni à ma capacité à me retrouver dans une situation comme celle-ci.

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Dernièrement, j’ai été confrontée deux fois à une situation similaire. A des mecs pour qui « non » n’est pas une réponse. Et je ne parle pas d’un petit « non » énoncé en gloussant. Je vous parle d’un « NON », ferme et clair. J’ai toujours vu « non » comme un mot assez fort. Comme un gros panneau « stop ». Comme un signal d’alarme. Mais qu’est-ce que tu es sensé faire quand la personne à qui tu dis « non » te réponds quelque chose comme « si si » ou comme « mais si, aller« . J’ai toujours vu « non » comme voulant dire « non ». Et puis j’ai appris que tout le monde ne voyait pas ça comme ça. J’ai appris que dire « non » à un homme ne signifiait pas nécessairement qu’il allait s’arrêter comme par magie. J’ai appris que dire « non » pouvait même d’ailleurs te mettre encore plus dans la merde (puisque soudain, le type réalise que tu n’es plus tout à fait emballée – EUPHEMISME – et bam, comme par magie, tu te retrouves soudain immobilisée alors que jusque là, tu étais encore relativement libre de tes mouvements)…

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Oh il ne m’est « rien » arrivé finalement. Mais j’ai eu peur. Parce que quand tu dis « non » et que ce que tu rejettes (comme action) arrives quand même, t’es complètement désarmée. Parce qu’on a beau dire, t’es bien emmerdée quand t’es une petite nana d’1m60 et que tu as en face de toi un mec d’1m80 qui est, de toute façon, bien plus fort que toi. Et avoir peur, c’est de loin le pire des sentiments que je n’ai jamais ressenti.

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Dans les trois cas, ce sont les circonstances qui ont sauvé mon cul.

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Une gifle. Une soudaine diarrhée verbale. Quelqu’un qui fait irruption dans la pièce… Trois petites choses qui ont fini par me sortir des situations malsaines dans lesquelles j’étais coincée… Si j’écris ça, ce n’est pas pour vous raconter ma vie. C’est plutôt pour la réflexion qui a été la mienne cette nuit, quand vers 3h du matin je me suis repassé les évènements. Et je me sens coupable. Pour les trois fois où c’est arrivé, je me sens coupable. Je me dis que j’ai envoyé les mauvais signaux. Que si je me suis laissée faire à un moment, c’est normal que les mecs aient pensé que…

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Intimacy

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Et bien malgré ça et malgré ce dégueulasse sentiment de culpabilité…

Je. Ne. Suis. Pas. Responsable.

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Je vous avoue que j’essaye encore de m’en convaincre. Mais le fait est que j’ai dit non, que j’ai repoussé et que j’ai été claire. Une fois ça, peu importe les circonstances, peu importe ce qui a été dit ou fait avant. Non voudra toujours dire non.

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Oh et, notons que dans tous les cas, je me suis mangée des réflexions après coup qui disaient clairement que oui,

j’étais responsable.

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Je vous laisse donc avec ça, via « Je veux comprendre le slut shamming » de Madmoizelle.

http://www.youtube.com/watch?v=SXH2K7OC37s#t=150&hd=1

Et ce site : thisisnotaninvitationtorapeme toujours via Madmoizelle.

Et ce tumblr : jeconnaisunvioleur

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23 réponses à “Non.”

  1. Cécile Anna dit :

    Il me parle ton article. Beaucoup plus que je le voudrais.
    J’ai dit non, mais on ne m’a pas écouté.

    <3

  2. Ln dit :

    Merci pour ton petit bout de vie. Ces situations ne me sont jamais arrivées…Mais en effet tu as été claire et ton article tombe à point nommé avec les actualités du moment…Bon courage dans ta quête de non culpabilité qui j’espère, arrivera le + tôt possible !

  3. LesBoobz dit :

    Je crois que tu es deja au courant mais cet article me parle, sur le point de vue « non » mais tente quand meme, mais aussi sur le point de culpabilite. Moi j’ai choisi d’oublier, de ne pas y penser. On ne demande rien, on ne fait rien de mal au depart mais on se demande toujours pourquoi, qu’est-ce qu’on a fait pour meriter ca… Pourtant on a eu peur ca restera grave mais on est toujours en vie. C’est idiot mais clairement c’est ce que je me dis pour ne plus y penser et passer a autre chose. Courage ma biche ne rumine pas trop. Toi meme tu sais victime d’opportunite etc.

  4. gero dit :

    C’est de ta faute oui. Tu serais moche, tu n’aurais pas de problème. :D

    Plaisanterie mise à part, bientôt il va falloir intégrer des cours d’art martiaux pour les femmes à l’école pour pouvoir se défendre. Les connards qui pensent avec la bite, il y en a de plus en plus, hélas.
    Non, ce n’est pas de ta faute, mais de la leur. Ton seul tord est d’être attirante, donc à moins de revenir au moyen âge, ce n’est pas un crime.

    Une idée idiote vient de me traverser l’esprit. Nous sommes dans une époque où la technologie est présente partout, et il existe des appareils photo intégrés aux téléphones. Ne serait-ce pas une idée à creuser que de faire une photo de chaque mec qui pose problème au moment où ça n’a pas encore dérapé ?

    • dellelicious dit :

      Je crois avoir entendu parler d’un truc comme ça la semaine dernière : une nana – photographe en plus – qui prenait chaque mec qui lui parlait de façon déplacée en photo…
      Pas con.

  5. Djahann dit :

    ça ne m’est jamais arrivé, heureusement. Je ne sais pas comment je me sortirais de ce mauvais pas. Et NON, tu n’es pas responsable. Certains sont des bêtes, et ne comprennent pas que non, ça ne vaut pas un petit oui !

  6. Purplespleen dit :

    Et des fois tu as beau dire mot pour mot « Tu envahis mon espace privé/intimité, fous moi la paix » ça ne suffit pas. A un moment donné il n’y a que les coups et encore…

  7. Anthony dit :

    Putain, mais non tu n’es pas responsable !
    Et oublier n’est pas la solution, il faut en parler, voire dénoncer. Car toi tu as su résister, mais est-ce que ces salopards ne vont pas finir par trouver une proie plus docile ?

  8. Tu as bien fait de publier cet article, j’ai été pas mal de fois dans des cas similaires, et finalement à chaque fois, même si j’ai été CLAIR et EXPLICITE, je me suis toujours demandée ce que j’avais fait de mal/pas bien . Alors que non, je n’étais pas responsable.
    Et je vais de ce pas, visiter les liens. Le tumblr je connais un violeur m’avait remuer quand je l’ai lu il y a quelques semaines !

  9. Camille dit :

    Il n’y aura jamais assez d’articles qui parlent de ça pour faire comprendre à tous que non c’est non.
    Et malheureusement, il faut aussi devoir écrire ce genre d’articles, et ça, c’est vraiment malheureux.

  10. Damien dit :

    Tu es tout sauf responsable. Le(s) responsable(s) c’est le manque d’éducation des gens, le manque de recul des gens, par rapport aux codes de la société. Ces personnes voient la femme comme un bien meuble, dont on peut profiter selon l’envie.
    Donc la c’est moi qui dis non.
    La seule évocation que l’on puisse forcer une personne a se soumettre a quelque chose qu’elle ne désire pas, est tout simplement gerbante, et ce peu importe le contexte. Et d’autant plus lorsque le/la soumis(e) est de force inférieure.
    Toute pression, qu’elle soit psychologique ou physique est et sera toujours une chose intolérable.

    Un NON, tout le monde le comprend, les gens qui ne parlent pas notre langue également.

    C’est un terme universel, comme le respect.

  11. Aline Éa dit :

    Tu n’as pas à culpabiliser parce que certains sont de foutus mal élevés incapables de respecter quoi que ce soit, et encore moins une femme j’en ai bien peur.
    Il y aurait bien le classique coup de pied dans les c*uilles, mais il faut oser. Et si je rate ? Je signe mon arrêt de mort. (bon par contre si tu le mets en plein dedans, banco !)
    L’humiliation ? Les gens autour, bien souvent, font la sourde oreille.
    Si un jour je suis confrontée à une situation similaire, j’espère avoir la présence d’esprit soit de dire un truc dégueu, d’en faire un (pour casser le glamour, tu vois), mais j’y crois pas. Je suppose que la surprise l’emporte, et que les théories de celles qui ne connaissent pas sont plus énervantes qu’autre chose.
    Bref, entre ça et le harcèlement de rue, on est pas sorties de l’auberge ! Mais je crois que dénoncer, c’est une partie de la solution. L’autre partie, ce serait que ces animaux soient éduqués.

    • dellelicious dit :

      Je te confirme que sur le moment, t’es tellement surprise que t’es comme une biche prise dans les phares d’une voiture.

  12. eeleesible dit :

    Tu n’es absolument pas responsable !
    Ca m’est arrivée quand j’étais plus jeune, ma 1ère cuite enfaite, un mec plus âgé qui ne comprenait pas le non et qui avait vraiment les mains baladeuses. J’étais seule et on était isolé, tout le monde était bourré j’ai eu très très peur. Puis j’ai réussi à le repousser et suis partie. J’en suis encore vaccinée aujourd’hui

    Tu n’es absolument pas responsable !! Et puis même si vous flirtiez etc, y a une grosse limite avec le reste. Depuis quand il faut aller plus loin obligatoirement? Ces mecs c’est juste des gros connards ! Il faut surtout pas t’en vouloir, et justement en parler c’est bien ! Et puis n’hésites pas à parler d’eux autour de toi, que ces mecs il faut faire attention

    En tout cas ton article est touchant, et c’est important les articles comme celui ci !

    • dellelicious dit :

      Merci… <3
      Mais quand tu en parles et que justement, les gens à qui tu fais confiance te répondent que tu es partiellement responsable...
      Heureusement que je suis quand même entourée de gens biens. Mais je me demandais en écrivant : et pour celles qui n'ont pas cette chance ?

  13. Hymaya dit :

    Hello! Un grand merci pour ton témoignage…J’aimerais avoir le même type de caractère que toi.
    Moi et le « NON » c’est pas vraiment une histoire d’amour. J’ai toujours eu le plus grand mal à refuser quoi que ce soit (demande, service, dernier verre).
    Bon je dois être chanceuse parce que je me suis mis parfois dans des situations « délicates » et je m’en suis sortie finalement sans problème.
    Mais ce que tu racontes m’ouvre méchamment les yeux et me donne à la fois envie d’essayer de m’affirmer plus et d’être aussi plus vigilante.
    Alors juste un mot « merci ».

  14. Andotherwise dit :

    Même avec du caractère ça peut déjà être compliqué de dire non mais alors quand en plus l’impact n’est pas celui que tu désires c’est d’autant plus difficile de savoir comment gérer la chose. Après tout « non » ça veut bien dire « non » et je n’ai pas à me justifier quand même.
    Cela dit comme tu l’as très justement remarqué, 1m60 contre 1m80 c’est tout de suite problématique.
    Et dire non déchaîne parfois, pour ne pas dire souvent selon les circonstances, les poudres. Ca m’a valu plusieurs grosses prises de tête notamment en boite de nuit parce que non je ne veux pas danser avec toi et non j’ai déjà un copain et non tu ne m’intéresses pas et si tu continues encore toute la soirée tu vas prendre ma main dans ta face ! Non c’est vraiment catégorique, comment peut-on l’être encore plus ? Ca décourage !!

  15. Chris dit :

    Coup de tartiflette dans les couilles prochaine fois que ça t’arrive (précise lui que c’est pas une invitation à aller manger ;) )

    Plus sérieusement si ça arrive à un apéro ou autre et que je suis à portée ou qu’il faut te raccompagner pour que tu sois rassurée, tu sais quoi faire ;)

  16. Milly dit :

    Je trouve toujours aussi dingue qu’un homme ne supporte pas qu’on lui dise non. Personnellement j’ai été dans la situation inverse, ben quand il m’a dit non c’était non, j’ai rien tenté d’autre, c’est juste du respect.

  17. Débbie dit :

    C’est clair que même si on nous dit « non tu n’es pas responsable », une part de nous penseras toujours « mais qu’ai-je fait? Pourquoi?? »

    Et oui, pourquoi on se sent responsable?
    Parce que le sujet est tabou??? que c’est limite honteux d’avoir subit cela?
    Parce qu’on nous dit trop souvent « bien fait,elle l’a bien cherché » quand on parle de la victime, alors qu’on attendrait du « qu’est ce qu’il s’est passé? ça va aller, on va trouver une solution. »

    Comme tu dis, on est malheureusement pas tous bien entourés dans ces cas là. Ou on ne rencontrera peut être jamais les personnes qui nous aideront à surpasser tout ça.

    Mais ton article ici, c’est déjà un signe que les temps changent, que les mentalités évoluent. IL EST TEMPS D’EN PARLER. Que les gens comprennent ce que ces événements provoquent et déclenchent. Un peu de courage, et moins d’yeux fermés….

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