On nous appelle « la Génération Y »

On l’entend un peu moins ces derniers temps, mais pourtant, la « génération Y » c’est « nous », ceux nés entre 1978 et 1994… Pour tout vous dire, en Master Ressources Humaines, j’ai fait un exposé sur la Génération Y et j’avais dégoté cette chouette vidéo créée par l’agence Adesias que je vous incite grandement à lancer (pas trop loin) là, tout de suite :

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Évidemment, le monde qui nous entoure évolue et heureusement, nous aussi. On a grandit à l’ère des smartphones et d’internet et plutôt que de voir ça comme une chance (les flux d’informations, les échanges, le savoir à notre porté…), les générations qui nous précèdent ne pigent pas trop le concept et nous accusent d’être « trop » ou « pas assez« . Trop connectés, trop pressés, voir même trop ambitieuxPas assez travailleurs, pas assez motivés… Mais bref, après cette petite entrée en matière, rentrons dans le vif du sujet.

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Si il a bien une phrase qui revient régulièrement, ces derniers temps, dans la bouche de la plupart des gens que je côtoie lorsqu’on se met à parler boulot, c’est : « tu n’as vraiment pas de bol« .  Depuis la fin de mes études (5 années d’études en alternance, au fait), il faut l’avouer, c’est assez compliqué. Je jongle entre CDD, période de chômage, CDI (oui…), encore plus de chômage et d’autres CDD. En 2 ans et demi (soit, depuis septembre 2013), j’ai passé un nombre incalculable d’entretiens et ce, dans tout type de sociétés : cabinets de recrutement, SSII, sociétés d’ingénierie, sociétés de travail temporaire, grandes entreprises… Car oui, mon domaine, c’est le recrutement. Ce qui donne un petit côté follement ironique à ma situation. Car 2 ans et demi après avoir quitté l’école, je n’ai toujours pas trouvé de CDI qui se confirme après la période d’essai (oui, car j’en ai quand même signé 2 – d’ailleurs, ne parlons pas de la loi travail….).

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De la difficulté de trouver chaussure à son pied.

On nous le reproche pas mal, mais c’est vrai que les gens de notre génération ont plutôt tendance à savoir ce qu’ils veulent (ou au moins, ce qu’ils ne veulent pas). En même temps, on fait des études souvent plus longues que celles qu’on fait nos parents et on se dit qu’on ne fait pas tout ça pour finir avec un job « alimentaire »…

En ce qui me concerne, je ne suis peut-être pas dans le domaine professionnel le plus simple, c’est vrai. Car si les Ressources Humaines sont un domaine assez vaste, le recrutement en est une des branches, bien plus spécifique. A force, je sais quels sont mes points forts et mes points faibles et surtout, je sais ce que j’aime et ce que j’aime moins. Idéalement, j’aimerais occuper un poste dans la Chasse de tête, mon domaine de prédilection. Sauf que tous les cabinets de recrutement ne font pas d’approche directe et les autres société n’ont : soit pas le droit, légalement, de recourir à cette pratique, soit ni l’envie, ni les moyens. Forcément, ça limite les chances de trouver des postes. Et j’ai beau ratisser plus large (assistante RH, chargée de recrutement…), je ne souhaite pas m’éloigner de mon objectif de carrière.

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emploi-bulle dialogue

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Passer des entretiens de recrutement : un exercice pas toujours facile.

Mener des entretiens de recrutement, c’est un métier. Les passer, c’est un exercice parfois compliqué. Si mon métier m’a appris quelque chose, c’est que tous les recruteurs ne sont pas égaux. Car oui, même si on nous apprend (et c’est déjà une aberration en soi) à ne pas discriminer, on n’a pas toujours des personnes très ouvertes d’esprit en face de nous (je vous remets quand même cette liste) :

Il y a discrimination à l’embauche lorsqu’un candidat est refusé en raison de :

  • son sexe, ses mœurs, son orientation sexuelle,
  • sa situation de famille, sa grossesse,
  • son appartenance ou non-appartenance (réelle ou supposée) à une ethnie, une nation,
  • son nom de famille,
  • son lieu de résidence, son origine géographique,
  • ses opinions politiques, ses activités syndicales ou mutualistes, ses convictions religieuses,
  • son âge, son apparence physique, son état de santé, son handicap (sauf inaptitude constatée par le médecin du travail) ou ses caractéristiques génétiques.

J’ai rapidement compris que la personnalité d’un recruteur impactera forcément sa vision professionnelle, quoi qu’il en dise. Voici des exemples concrets tirés de mon expérience personnelle :

  • 2014, je suis Chargée de Recrutement dans un petit cabinet spécialisé dans un certain domaine d’activité. Nous avons des difficultés à répondre aux attentes d’un client qui recherche un profil très pointu. Après plusieurs jours de recherches, je reçois une candidature et le profil de la personne a l’air de correspondre parfaitement. Je montre le CV à mon responsable, histoire de valider avant de programmer un entretien physique. Et là : « c’est hors de question de l’envoyer au client, c’est une femme !« . Choquée, je me suis contentée de répondre que lorsque la personne appellera pour qu’on lui explique les motifs du refus de sa candidature (ce qu’elle fera, d’ailleurs), je ne prendrai pas la responsabilité de lui expliquer que c’est à cause de son genre qu’elle n’est pas retenue et que je me ferais un plaisir de lui transférer l’appel… (notez, quand la personne a appelé, il a refusé catégoriquement de décrocher…).

 

  • Été 2014, je passe un entretien dans un cabinet de recrutement. Pleine canicule, la chaleur est vraiment pesante en ville… le recruteur m’invite à rentrer en salle d’entretien. Puisque les locaux ne sont pas climatisés, il me conseille de retirer ma veste et il m’apparait de toute façon difficile de tenir 1h en entretien avec… J’ai tendance à faire abstraction du fait que je suis tatouée car c’est pour moi quelqu’un chose d’inhérent à ma personne. En 3 secondes, l’issue de l’entretien est pliée : j’ai vu son regard se poser sur le seul de mes tatouages visibles (un lettrage très fin sur l’avant bras). Inutile de dire que je n’ai pas eu de nouvelles. Certains diront que c’était ma faute, j’aurais du garder ma veste ou porter des manches longues. Le fait est que mes tatouages ne m’enlèvent ni mes qualités, ni mes compétences. Mais tant mieux, je ne souhaite pas travailler avec le genre de personnes qui s’offusquent de ce genre de détails.

 

  • 2016, je passe un entretien pour un cabinet de recrutement. Après un entretien d’1h30 pendant lequel j’ai rencontré pas moins de 3 personnes, on me demande de revenir pour un second entretien. Entretien pendant lequel je vais rencontrer pas moins de 4 personnes, 2 par 2. Soit. Avant ce deuxième rdv, on m’a fait passer un gros test de personnalité, en ligne. J’ai plutôt l’habitude de ce qui ressort de ce genre de tests concernant mon profil, c’est à dire qu’à force, je me connais… Effectivement, à peine 5 min après avoir commencé l’entretien avec les deux premiers consultants, un des deux ayant – probablement lu que j’avais un fort tempérament et de la répartie – décide de vérifier et se met à me parler de façon très brusque et désagréable. Je me suis sentie agressée comme rarement. Histoire de continuer sur cette lancée sympathique, les deux consultant suivants ne se montrent guerre plus agréables. Je viens de passer 6 mois à faire du bénévolat pour une association qui aide des personnes en situation précaire à trouver un emploi. Je le mets sur mon CV. Un des deux consultants m’attaque de front, je cite : « je ne comprends pas bien pourquoi vous avez fait du bénévolat en fait… je dis pas, vous feriez votre crise de la quarantaine, vous décideriez de prendre une année sabbatique pour faire ça… mais là je comprends vraiment pas la démarche« . Bienbienbien, et bah moi je vais y aller hein.

 

  • 2016 toujours, bien que la date importe finalement peu… Rendez-vous dans une société d’interim pour un poste à 18h00. J’arrive à 17h50 et tant mieux car on me demande de remplir un dossier de recrutement… Une fois que j’ai terminé, on passe en salle d’entretien.Vous savez, quand on travaille depuis 8 ans, ça prend quand même un petit peu de temps de se présenter, disons bien a minima une trentaine de minutes… Et bien figurez-vous qu’à 18h30, la personne en face de moi me dit, texto : « excusez-moi mais si vous pouviez accélérer un peu, parce qu’en fait on termine à 18h30 ici« . Je. Pardon ? Auriez-vous vu le respect, je pense qu’on l’a perdu ? Belle image du métier de recruteur envoyée au candidat…

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égalité homme femme

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De la difficulté d’être une personne de sexe féminin.

A l’image de l’exemple donné plus haut où mon responsable a refusé une candidature au motif que la candidate était une candidate… J’ai ce bel exemple, tout récent :

  • 2016, je passe deux entretiens pour un poste de Chargée de Recherche dans un cabinet de recrutement très orienté approche directe (un peu le poste parfait, pour ne rien vous cacher). Les deux entretiens (2h chacun) se passent très bien, à la fin du second entretien, le patron me demande si, après nos différents échanges, je souhaite toujours le poste. Suite à ma réponse positive, il m’offre le job et m’informe qu’il me fera parvenir une ébauche de contrat assez rapidement. 15 jours après, j’apprendrais finalement par téléphone qu’après m’avoir promis le poste, il a décidé de rencontrer d’autres personnes et que son choix s’est porté sur un autre candidat. Il me justifie donc le refus de ma candidature par deux points : 1. Une certaine expertise des réseaux sociaux de l’autre candidat apparaît comme un plus pour le cabinet (WTF ? je ne suis pas assez 2.0 ? ON M’AURAIT MENTI ?) ; 2. Je suis une femme et il préfère recruter un homme pour « le bon équilibre du cabinet » car pour son prochain recrutement, il souhaite trouver UNE consultante en recrutement.

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On marche sur la tête ?

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Bref, des exemples comme ça, j’en ai à la pelle… Plus j’avance dans ce métier et puis je suis surprise – voir choquée – des attitudes et des réflexions des gens que je côtoie. Dans un pays où le taux de chômage flirte avec les 10% de la population (soit quelques 2,8 millions de personnes, et je tiens à vous rappeler que tout un chacun sans emploi n’est pas forcément inscrit à Pôle Emploi…), vous avez de fortes chances de tomber sur une personne qui, en entretien de recrutement, va vous demander « mais à votre avis, pourquoi vous ne trouvez pas de job ?« . J’ai d’ailleurs fait une petite recherche à ce sujet : sur Lyon (ma ville, donc), il y a un peu plus de 2000 CV qui ressortent sur RegionJob si on tape « Chargé de recrutement »… ça en fait de la concurrence. D’ailleurs, les recruteurs les plus fantastiques resteront toujours ceux qui insisteront lourdement sur le fait que vous ayez cumulez les emplois précaires mais qui… vous ont convoqué à un entretien pour vous proposer un CDD.

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Generation-Y

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Aujourd’hui, quand je discute avec des personnes de mon âge, je me rends compte que le travail, c’est un sujet sensible et compliqué pour tout le monde : beaucoup sont en recherches, ceux qui sont en postes ne s’y plaisent pas mais ont trop peur de changer… C’est donc ça les opportunités pour notre génération aujourd’hui ? Être au chômage ou être malheureux au travail ? De plus en plus de personnes décident de monter leur propre business : être son propre patron, c’est peut être la solution, après tout. Mais ce n’est pas forcément faisable dans tous les domaines d’activité. Beaucoup de personnes se réorientent, aussi… Une amie me disait la dernière fois : « mes parents m’ont fait faire S au lycée parce que j’étais bonne en maths… résultat, aujourd’hui, j’ai des diplômes dans un domaine qui ne me plaît pas vraiment… et dans lequel je ne trouve même pas de travail.« 

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Génération fataliste ?

Ça m’embête de dire ça, je suis le genre de personne à voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide… Mais la société dans laquelle nous évoluons aujourd’hui n’a pas vraiment réussi (cherché ?) à évoluer avec nous. On ne nous comprend pas et a priori, on n’arrive pas à se faire comprendre (vous vous rappelez, trop connectés, trop ambitieux…). Moi je suis là, avec ma « casquette » de « professionnelle du recrutement », très orientée « qualité », tant au niveau des process que des relations avec clients et candidats… Je préfère m’amuser des CV bardés de fautes d’orthographes et de toutes les petites horreurs que je peux lire au quotidien car pour moi, une personne se mesure à ses capacités et à ses compétences, pas aux nombres de lignes sur son CV ou aux écoles qu’elle a pu faire ou ne pas faire. A l’image de ces pays où un employeur préférera vous laisser votre chance plutôt que de passer à côté d’une bonne surprise. Je sais, le temps c’est de l’argent, mais il est peut-être temps d’investir (enfin) dans l’humain.

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Désolé pour ce pavé, j’espère que ce n’était pas trop pénible à lire.

Merci d’être arrivé jusque là.

Source image BD

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8 réponses à “On nous appelle « la Génération Y »”

  1. veronique dit :

    Bonsoir

    Ça fait du bien de dire ce que l on pense et vit.
    Bon courage.
    Malheureusement ta génération Y subit mais celle d avant aussi…. qu en sera toujours il pour la suivante ? Ça craint et ça fait peur ( même si moi aussi je vois le verre à moitié plein ).
    Courage

  2. ReActif dit :

    C’est ce que tu appelles un pavé ?
    Je charrie, c’est en tout cas très intéressant à lire et clairement fait.
    Je vais faire passer le lien, car certes je ne suis malheureusement pas concerné du moins directement mais d’autres y trouveront sans doute quelques notions et explications utiles.

  3. auroreinparis dit :

    Je connais un petit cabinet qui t’irait parfaitement. Approche direct, et patron sympa :)
    Faut juste venir à Paris :)

    • dellelicious dit :

      Tu n’es pas la première à me dire ça mais définitivement, Paris, je ne l’envisage pas !

  4. Anonymous dit :

    Article pertinent mais qui n’aborde qu’un seul aspect des personnes en recherche d’emploi. Et j’ai personnellement du mal à croire que les motifs que tu donnes sont les seuls. Je pense qu’il doit y avoir une raison lié au diplôme ou à l’école.

    Personnelement, je n’ai jamais eu à chercher du travail. Je mets mon CV sur les sites de recherche d’emploi et se sont les sociétés qui m’appellent et je n’ai plus qu’à choisir celle qui me convient le mieux.

    De toutes façons, il n’est pas étonnant qu’il soit dur de trouver un cdi car il est très contraignant pour les sociétés à casser si la personne ne convient plus. Et il est trop vital pour l’employé qui ne peut pas se permettre d’en quitter un.

    • dellelicious dit :

      Je ne pense pas qu’on puisse couvrir totalement un sujet, et ce n’était pas le but de mon article. Il y a forcément encore plein de choses à dire mais je ne souhaitais pas devenir indigeste pour mes lecteurs ^^

      Heureusement que certain(e)s ont moins de mal que d’autres à trouver un emploi, cela dépend fortement du domaine d’activité, pour commencer… et de plein d’autres critères.

      En ce qui concerne les autres potentiels motifs des refus de ma candidature, ils existent sûrement, je ne donne que ma vision des choses, je ne suis pas dans la tête de chaque recruteur que je rencontre – et heureusement pour moi. Bien que je doute que les écoles que j’ai faites ou mes diplômes soient en cause (par exemple, on n’est peut-être pas tous passés par de grandes écoles d’ingénieurs mais en même temps… on n’est pas tous ingénieurs !)… donc on fait aussi des écoles en fonctions des diplômes que l’on recherche…

  5. Anne dit :

    Excellent article, très intéressant ! C’est vrai que c’est galère pour notre génération… Effectivement, la création d’entreprise est un truc qu’on voit se développer de plus en plus, et je trouve ça beau, surtout en France où il est si difficile d’entreprendre, ça montre du courage et une foi dans l’avenir malgré les difficultés !

  6. Ln dit :

    Continue de tenir bon <3 et à ceux qui ont un job : soyons reconnaissant de cela

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